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- Scott E. Fahlman (l’histoire des smileys)
Scott E. Fahlman (l’histoire des smileys)
Supposons que vous soyez en train d’écrire un courriel, de tchatcher ou d’envoyer un message sms. Vous souhaitez plaisanter ou raconter quelque chose avec ironie ou sarcasme. Vous racontez un peu “n’importe quoi”. Dans des cas pareils, il arrive souvent que l’on vous comprenne de travers. Il est même probable que l’on ne comprenne pas que vous racontez des blagues. La personne à qui vous envoyez votre message, ne voit en effet ni votre mimique, ni vos gestes, et n’entend pas votre intonation. C’est ainsi parfois que l’on voit naître certains malentendus. Aujourd’hui, nous avons à notre disposition un système assez simple pour éviter ces malentendus. Il suffit de taper un double point, un trait d’union et un fermez-la-parenthèse pour obtenir un petit visage souriant, qu’il suffit de faire pivoter de 90°.
L’homme qui a inventé ce symbole est le chercheur américain Scott Fahlman, originaire de Pittsburgh, le cœur de l’acier américain et du ketchup Heinz. Il n’y a pas tellement longtemps, Fahlman savait qu’il avait inventé les smileys, mais il ne se rappelait plus exactement quand et dans quelles circonstances. Il y a un peu plus de vingt ans, nous ne connaissions pas encore le courriel, le message sms ni le chatbox. Certains se rappelleront peut-être le BBS (Bulletin Board System), un système de bulletins électroniques. C’était en quelque sorte le précurseur du groupe de discussion (newsgroup) que l’on connaît actuellement, mais alors avec un modem et une ligne téléphonique analogique. C’est sur un BBS qu’à l’époque Fahlman lança son idée.
Mais les discussions de Fahlman ont-elles été enregistrées et conservées? En février 2002, des fanas de l’informatique, aidés financièrement par Microsoft, se sont mis au travail. Après avoir examiné des milliers de bandes magnétiques, ces spécialistes découvrirent le 10 septembre 2002 le célèbre passage dans lequel Fahlman suggérait pour la première fois l’utilisation du smiley. Cette découverte fut faite juste à temps pour fêter le 20ème anniversaire de la trouvaille de Fahlman, qui date finalement du 19 septembre 1982 à 11h44.
Mais que s’est-il précisément passé ce jour-là? Au département Sciences informatiques de l’université Carnegie Mellon aux Etats-Unis, le BBS était un instrument très important. Il s’agissait en fait d’un lieu de rencontre où professeurs, assistants et étudiants traitaient d’égal à égal certains sujets importants en matière d’informatique. La plupart des messages étaient sérieux, tandis que d’autres étaient plutôt du genre “J’ai trouvé une bague aux toilettes messieurs du cinquième étage. Qui en est le propriétaire?”. Certains messages étaient amusants, mais à chaque occasion il y avait bien quelqu’un qui prenait la situation au sérieux et qui répondait d’un air fâché. D’autres se mêlaient alors à la discussion à n’en plus finir. Fallait-il dès lors ajouter à chaque plaisanterie qu’il s’agissait d’une blague?
Le 16 septembre 1982, un certain Howard Gayle lança un avertissement: dans l’ascenseur de gauche de l’université, quelqu’un aurait répandu du mercure, ce qui avait donné lieu à un petit incendie. L’ascenseur ne pouvait plus être utilisé avant d’avoir été désinfecté. A ce message, quelqu’un ajouta que quelques années auparavant une école avait été fermée pendant 24 heures suite à un incident du même genre et que la situation pourrait donc se dégrader. Tout le monde s’énerva, après quoi on apprit qu’il ne s’agissait que d’une… plaisanterie. Plus d’inquiétude maintenant, mais de la colère. A ce moment-là, quelqu’un proposa d’ajouter à l’avenir un astérisque entre parenthèses (*) en cas de plaisanterie ou de message ‘amusant’. Quelqu’un d’autre proposa le symbole du pourcentage (%). D’autres propositions suivirent jusqu’au moment où Scott E. Fahlman proposa son smiley
, le visage souriant. Il proposa du même coup la version sérieuse :-( avec la parenthèse tournée vers l’autre côté. Ce symbole signifiait qu’il fallait prendre le message au sérieux. Très vite, ce second symbole changea toutefois de signification et devint synonyme de ‘fâché’ ou ‘méchant’. En examinant les BBS de l’époque, on remarque que tout le monde se mit à inventer de nouveaux smileys. Le succès connu par internet fit que les smileys se répandirent de par le monde en un clin d’œil. A l’heure actuelle, il doit y en avoir plus de deux mille.
Aujourd’hui, c’est un Scott E. Fahlman barbu et souriant qui nous accueille sur son site web. Son sourire est encore plus impressionnant que celui de ses smileys. Fahlman est un scientifique très sérieux, spécialisé en informatique et qui enseigne à l’université. Il écrit des textes extrêmement érudits sur l’intelligence artificielle. Pour ce qui concerne son invention, il utilise presque uniquement le visage souriant. Il utilise le visage fâché uniquement quand il a à se plaindre en tant que consommateur. Fahlman craint que, dans quelques années, son travail scientifique ne soit oublié et que l’on ne se rappelle son nom que suite à l’invention du smiley, une invention qu’il considère comme dérisoire dans l’ensemble de sa carrière professionnelle. Pour être honnêtes, nous avons l’impression qu’il pourrait bien avoir raison et que ses craintes sont donc justifiées.