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Laszlo Biro (le stylo à bille)
Le stylo à bille comme nous le connaissons aujourd’hui, n’a pas été inventé par un certain monsieur Bic, ni par Marcel Bich, comme il s’appelait en réalité, mais par un journaliste hongrois qui a résidé en Argentine. A l’origine, il s’appelait Laszlo Biro, mais en Argentine, il changea son prénom en Stanislao. Aujourd’hui, les deux pays sont fiers de ‘leur’ inventeur. Biro était un inventeur pur sang. Comme c’est souvent le cas de ce genre d’inventeur, il eut de nombreux métiers.
Biro naquit à Budapest en 1899. Il était en première année de ses études de médecine quand il découvrit ses talents d’hypnotiseur. Souhaitant utiliser l’hypnose pour soigner leurs patients, c’étaient surtout des médecins qui faisaient appel à ses talents. A l’époque, l’hypnose était devenue un énorme succès. Biro gagnait beaucoup d’argent et décida d’arrêter ses études. Sa fille Mariana déclara plus tard que les revenus de la famille avaient tellement augmenté que Biro put se permettre d’acheter un carrosse.
Après cette période, Biro fut douanier, vendeur, pilote automobile et agent boursier. Entre-temps, il bricolait des stylos plume. Il expérimentait en ajoutant de l’eau à un mélange composé entre autres d’aniline. Il s’agissait en fait d’une plume qui composait elle-même son encre. A l’âge de 33 ans, Biro développa une boîte de vitesse automatique qu’il bazarda à General Motors. Avec son frère George, il améliora le principe de la machine à laver, il développa une serrure impossible à forcer ainsi que des carreaux en mesure de résister à des températures très élevées. Il travailla aussi comme artiste peintre, comme sculpteur et pendant les années 30, il édita même un magazine culturel.
Selon la petite histoire, c’est assis sur un trottoir à Budapest que Biro eut une idée géniale en regardant des enfants jouer aux billes. Les billes traversaient une flaque d’eau, après quoi elles laissaient des traces sur les dalles. Ces traces, rien de plus qu’une petite ligne, le firent réfléchir: une telle ligne n’était-elle pas idéale pour écrire des textes? Serait-il possible d’introduire une bille dans une plume? Une visite à l’imprimerie de son magazine réussit à le convaincre: l’encre séchait très rapidement. Il suffisait donc d’imiter l’exemple en développant un objet portable.
Ce qui est certain, c’est que Biro n’était pas satisfait de son stylo plume classique. Ou bien celui-ci faisait des taches, ou bien son encre séchait trop vite. En tant que journaliste, - encore un des nombreux métiers de Biro - il était souvent obligé d’emprunter un stylo à quelqu’un lors de ses interviews. Il lui fallait absolument trouver une solution. Laszlo s’occupait de l’amélioration de la bille, tandis que son frère George se spécialisait dans la composition d’une encre de qualité. En 1938, ils avaient fait suffisamment de progrès pour faire breveter leur invention. Ils disposaient d’un principe, mais n’étaient pas encore satisfaits du résultat final. En fait, ils manquaient surtout d’argent pour développer et améliorer leur invention.
Un certain jour, toujours en 1938, Laszlo avait rendez-vous avec un banquier dans l’un ou l’autre lieu de villégiature en Yougoslavie. L’entretien ne fut guère couronné de succès, mais dans le lobby de l’hôtel, un homme âgé d’une soixantaine d’années vit comment Biro écrivait une carte postale à l’aide d’un prototype de son stylo. Biro lui expliqua comment l’objet fonctionnait et lui fit part de ses problèmes financiers. L’homme réagit immédiatement: “Dans mon pays, en Argentine, je suis certain que vous recevriez le soutien financier nécessaire.” “Oui,” dit Biro, “d’accord, mais pour des gens originaires de l’Europe centrale, l’accès à l’Argentine est tout simplement interdit.” L’homme répliqua: “Tous les gens honnêtes qui sont disposés à travailler, sont les bienvenus en Argentine. Voici ma carte de visite et ma signature. Si un jour, vous avez besoin d’un visa pour l’Argentine, montrez cette carte dans n’importe quelle ambassade argentine.”
A la fin de la même année, la Hongrie se rangea du côté de Hitler. Biro décida de prendre la fuite et de se rendre à Paris. Quand les Allemands envahirent aussi la France, Biro prit la décision de faire appel à cette carte de visite mystérieuse. Il obtint immédiatement, pour lui-même, sa femme et sa fille un visa pour l’Argentine. L’homme qu’il avait rencontré dans le lobby de l’hôtel yougoslave, n’était autre que le général Agustin Justo, le président argentin. En 1943, les frères Biro et quelques investisseurs fondèrent leur première entreprise en Argentine. Le seul apport des deux frères était le brevet de leur invention. Un an plus tard, une société américaine déboursa deux millions de dollars pour obtenir le brevet. Un Britannique devint actionnaire et vendit immédiatement 30.000 stylos à bille à la Royal Air Force. A l’altitude où volent les avions, les anciens stylos se vidaient. Dorénavant, les pilotes pourraient écrire sans fuite.
En 1947, Laszlo Biro vendit ses parts dans l’entreprise pour un montant ridicule et se jeta sur la peinture surréaliste, qui lui avait déjà rapporté quelques succès à Budapest, plusieurs années auparavant. Laszlo Biro: “Le processus intérieur qui mène à un dessin ou un tableau est identique au travail et aux recherches qui mènent à une nouvelle invention. Ce processus entraîne la même excitation ainsi qu’un défi identique qui consiste à atteindre un certain objectif.” A la fin de sa vie, Laszlo Biro travaillait à une nouvelle méthode d’enrichissement de l’uranium. Il décéda en 1985, à l’âge de 86 ans. Le jour de son anniversaire, le 29 septembre, l’Argentine célèbre chaque année la journée nationale des inventeurs. Qu’y a-t-il de plus noble pour un inventeur qu’un tel signe de reconnaissance?