Biographie automobile: TOYOTA
Le père de Kiichiro Toyoda était l’inventeur d’un métier à tisser japonais très sophistiqué. Il put par ailleurs vendre plusieurs de ses nombreux brevets aux plus grands producteurs occidentaux de machines. Peu après la naissance de son fils en 1894, la mère de Kiichiro quitta son père, ne réussissant plus à vivre avec Sakichi Toyoda, qui n’avait d’attention que pour ses inventions. C’est ainsi que Kiichiro grandit pour ainsi dire entre les machines. Pour clôturer ses études d’ingénieur, il voyagea en 1920 à travers l’Europe occidentale et les Etats-Unis. C’est ici qu’il commença à rêver de sa propre voiture, à 100% japonaise.
Son père décéda et, quelques années plus tard, Kiichiro s’occupait principalement de ses nombreuses usines de métiers à tisser. Fin mars 1930, il dégagea un coin de l’usine pour y développer de petits moteurs à essence. Une idée quelque peu bizarre puisque Ford avait déjà une usine à Yokohama et General Motors en avait une à Osaka. En 1930, on évalue le nombre de voitures au Japon à environ 80.000, mais pas plus de 400 d’entre elles étaient de fabrication nationale.
En 1933, ses ingénieurs confectionnèrent dix prototypes de vélomoteurs. Et en 1935 même une automobile. C’est à cette époque que les militaires prirent le pouvoir au Japon. Ils étaient uniquement intéressés par les véhicules militaires. Toyoda fut obligé de se reconvertir radicalement vers l’industrie de guerre: camions, avions, véhicules amphibies ou de petits bateaux à moteur qui, munis d’une charge explosive, pouvaient être envoyés en direction des navires ennemis.
Après la guerre, Kiichiro fit tout ce qu’il put pour donner du travail à ses 8.000 ouvriers. Le Japon étant ruiné par la guerre, le pays souffrait d’une pénurie de machines et de matières premières. Kiichiro fit transformer son usine en entreprise plus ou moins agricole: il produit des céréales pour en faire faire du pain, il s’occupe d’élevage de loches comestibles, développe un système de production en masse de croquettes de poisson et fonde une poterie.
Mais l’économie japonaise ne parvient pas à se reprendre. Il y a une pénurie de tout. Pour Toyoda, en 1950, la faillite semble inévitable. Une banque est disposée à l’aider mais exige 1.600 licenciements, ce qui est entièrement contre les principes de Kiichiro Toyoda: “L’entreprise a une chance si nous licencions une partie du personnel, mais ça me fend le cœur. Je prends mes responsabilités et démissionne.”
Ses successeurs ont manifestement l’intention de construire la voiture automobile dont il avait toujours rêvé. Mais en 1950, la guerre de Corée éclate. Cette fois-ci, ce furent les Américains qui vinrent demander de leur fournir toute sorte de matériel militaire. Début 1952, la direction de Toyota (avec ‘t’!) vint demander à Kiichiro de reprendre sa place. Sa réaction moqueuse: “Un constructeur automobile qui ne construit pas de voitures, n’est pas un constructeur automobile.” On lui fit des promesses: “Si vous revenez, vous aurez l’occasion de construire votre automobile.” Kiichiro accepta l’offre. Il reprit sa place de Président de Toyota Motor Co. Quelques jours plus tard, il décéda inopinément à la suite d’une crise cardiaque. Il avait à peine 57 ans. Son cœur n’avait pas su supporter l’excitation relative à son retour. Kiichiro Toyoda n’eut donc jamais l’occasion de voir sa ‘propre’ voiture. Le 1er janvier 1955, la première voiture de série, la Crown, quitta l’usine de Toyota City.